Episode 22 : APOCALYPSE
« Ma vie, mon job, mes amours : c’est moi qui décide ! » titre un magazine populaire de presse féminine. L’affiche format sucette est là, devant mes yeux à l’arrêt de bus ce matin. Hier encore, j’aurais souri devant ce slogan, convaincue de sa véracité. Aujourd’hui, je me contente de le regarder fixement, le visage fermé, impuissante.
Vous ne croirez jamais le revirement de situation que je vis depuis hier après-midi. Je crois que je vais être bien incapable du moindre trait d’humour dans cet article.
Comme prévu j’ai repris contact hier avec ma conseillère ANPE afin de faire un point sur l’avancement de mon dossier et de ma situation. A peine la conversation a-t-elle commencé qu’elle m’annonce une bonne nouvelle : mon projet d’action de formation est validé par l’ANPE et mon indemnisation par une allocation ASSEDIC est assurée. Parfait. J’allais presque prendre congé, lorsque je pose une dernière question qui me titille, juste pour être bien sûre : « Et concernant la prise en charge du coût de la formation ? (Cf Episode 18) Comment cela va-t-il se passer ? Dois-je monter un dossier spécifique auprès des ASSEDIC ? ». « Avez-vous un devis ? » me répond-elle. Oui, bien sur, j’ai mon devis, celui-là même que j’ai reçu pendant les vacances. « Y-a-t-il des chiffres indiqués ou bien le montant est-il de zéro ? ». Curieuse question. Oui, il y a un chiffre, celui du montant résiduel à faire prendre en charge par les ASSEDIC, comme convenu : 1837,50 €. Et c’est là que tout s’écroule brutalement sans crier gare. « Ha mais ça c’est pas normal, le montant devrait être de zéro. Les ASSEDIC ne prennent plus en charge aucun coût de formation depuis mars 2006 ! ». Je manque de m’étouffer.
PARDON ??? Ne suis-je pas venue EXPRES à l’ANPE rencontrer une conseillère début juillet pour aborder ce problème ? Ne m’a-t-on pas répondu que c’était faux et que ma formation serait prise en charge ?? Manifestement quelqu’un a fait une épouvantable méprise dans cette histoire, et au point où j’en suis, je me fous de savoir sur qui je dois passer mes nerfs, seul mon avenir compte.
Ma conseillère est étonnée aussi, elle ne comprends pas pourquoi on me demande de participer au coût dans la mesure où la formation est inscrite au Plan Régional de Formation. Les demandeurs d’emploi étant des personnes bénéficiaires de minima sociaux, on ne devrait pas avoir à leur réclamer une participation aux coûts. Manifestement c’est là qu’il y a eu méprise. J’ai bien précisé que 7 places sur 14 étaient réservées aux jeunes de moins de 25 ans dont je ne faisais pas partie et que seuls ces 7 personnes étaient prises en charge à 100 % par le Conseil Régional. Pour les 7 autres, il y a un coût résiduel depuis le début, ça n’est pas nouveau.
Dans l’hypothèse la plus noire, et malheureusement la plus probable, je vais être radiée du lycée hôtelier puisque je ne serai pas en mesure de faire financer le coût résiduel de la formation et c’est tout mon projet de reconversion, mon avenir en somme, qui tombe à l’eau. Car l’année prochaine, je ne serai pas plus éligible que cette année, je serai encore plus vieille !
Voici donc les éléments que j’ai en ma possession. Un très mauvais jeu.
- Nous sommes le 18 août
- Il est manifestement vain de continuer à espérer que les ASSEDIC prennent en charge ces foutus 1837,50 €
- Le lycée hôtelier refuse l’autofinancement, il est donc vain d’essayer de rassembler cette somme par mes propres moyens.
- Le GRETA et le lycée hôtelier ne reviennent de congés qu’à partir du 28 août, je ne peux donc pas essayer de négocier mon cas avant cette date.
- Les cours au lycée hôtelier sont sensés débuter le 2 octobre
- Il n’existe que 4 autres CAP Cuisine inscrits au PRF sur Marseille dont 2 débutent les cours dans 2 semaines à peine et je ne sais pas si il est encore possible de se repositionner sur l’un d’eux, qui accepterait les vieux demandeurs d’emploi qui ont dépassé l’âge canonique de 25 ans.
Pour finir, un petit coup de colère exutoire parce que quand même j’en ai besoin :
JE HAIS LA DISCRIMINATION POSITIVE ! (Qui est au passage le non-sens le plus ridicule que je n’ai jamais entendu) Elle n’est génératrice que de plus d’inégalités encore. Seuls le bon sens et l’examen au cas par cas devraient régir une décision, car aujourd’hui dans ce beau pays qu’on appelle la France, il n’est plus possible de faire le choix d’une reconversion lorsqu’on est un demandeur d’emploi de plus de 25 ans à moins d’avoir les moyens d’aller se payer une école privée à Paris.
Sen, au bord du précipice, qui n’a plus que quelques jokers bien aléatoires à abattre avant extinction des feux…
Si quelqu’un parmi mon lectorat a une solution miracle, connaît personnellement le Président de la République ou bien le Père Noël, je suis ouverte à toute suggestion….