Episode 17 : Les 5 dernières minutes
L’échéance se rapproche… ça y est je flippe ! Est-ce que je vais faire le coup de partir en courant devant l’autel ??
J’ai une légère tendance à la panique ces derniers jours je dois bien l’avouer. Je vais devoir prendre une décision définitive dans les jours qui viennent et plus j’essaye de me décider, plus les doutes m’assaillent…
Et si je ne me lançais pas dans ce CAP Cuisine ? Et si je restais à mon poste encore un an pour me laisser plus de temps ? Oui mais comment supporter un boulot qui ne me satisfait pas encore une année de plus, jusqu’à la prochaine rentrée scolaire ? Et si au contraire ça me laissait le temps de trouver une autre opportunité intéressante qui me permette une porte de sortie et une évolution dans ma carrière professionnelle ? Et si le CAP au GRETA n’était pas la seule, unique et meilleure solution ? Et si je m’étais aperçue que la pâtisserie avait particulièrement retenu mon intérêt en faisant mon stage et que ça m’allait mieux que la cuisine ? Et si je me fermais des portes en m’engageant en pâtisserie et pas en cuisine ? Et si il était trop tard pour modifier ma candidature à la formation ? Et si je n’étais pas capable de supporter le rythme éreintant de la restauration ? Et si je tirais définitivement une croix sur ma vie privée ? Suis-je à ce point désespérée et inconsciente pour m’engager dans une telle voie ? Et si je me surestimais ? Et si je me sous-estimais ? Et si, et si, et si… T’as pas d’avenir, t’as pas d’avenir, t’as pas d’avenir….
J’ai mal à la tête.
Et vous aussi probablement après la lecture de cette assommante liste non-exhaustive de questions qui se bousculent sous mon crâne !
Mais ce n’est pas le moment de flancher, si je doute, c’est qu’il faut rassembler encore des éléments et réfléchir encore et peser encore le pour et le contre. Pour mettre à l’épreuve ma bonne – ou mauvaise – foi avec moi-même, j’ai entrepris de m’avaler des pages et des pages de commentaires négatifs sur le secteur de la restauration glanés sur le web. Etant donné que je viens de faire ma soirée la plus dure hier soir et que je suis très, très fatiguée, j’ai bien choisi mon jour. J’ai passé hier soir la soirée dans la cuisine d’un autre restaurant, en sous-sol, sans aération ni fenêtre. Je n’ai pas la moindre idée de la température exacte et je crois qu’il ne vaut mieux pas le savoir… elle devait largement excéder les40°C, vu que je supporte habituellement très bien la chaleur et que j’ai vraiment cru mourir de déshydratation fulgurante. Pour couronner le tout j’ai discuté avec un cuisinier amer qui a perdu 10kg depuis qu’il bosse dans ce resto (personnellement je n’ai pas vraiment besoin de perdre du poids, au contraire) et avec un autre qui me voit plus en pâtisserie qu’en cuisine « et puis de toutes façon d’une manière générale la cuisine c’est super dur pour une femme ». Il a pas tout à fait tort en plus… Mot à - hypocritement - ne jamais prononcer devant un recruteur et pourtant 9 fois sur 10 assez évident : il y a bien un jour où je serai maman. Impossible de gérer une vie de famille en travaillant 14 à 16h par jour. Autant dire qu’à ce rythme là c’est mon copain ou mari qui va élever tout seul les enfants ! Et travailler dans ces conditions en étant enceinte, vous imaginez ? C’est un coup à perdre l’enfant : tout le temps debout à courir par 40°C sans dormir ! Si ma décision de reconversion est motivée par la construction de l’avenir, il ne serait pas très responsable d’occulter cette question qui se posera sûrement un jour.
Toujours est-il que ce n’est pas en se gargarisant de spots publicitaires et de descriptions avantageuses d’une profession qu’on fait un choix intelligent. Ca, c’est ce que j’ai fait en lisant la jolie brochure de la formation culturelle que j’ai faite, on voit où ça m’a mené. C’est pourquoi je veux tout savoir de ce métier, les bons comme les mauvais côtés. Je voudrais bien avoir la certitude que tous les restaurants ne fonctionnent pas sous ce rythme effréné et qu’il est possible de travailler dans la restauration en ne faisant qu’un seul service par jour, soit par roulement, soit uniquement le midi ou le soir, on doit quand même bien remplir 39h en faisant ça non ? Je ne vois aucun inconvénient à terminer à 1h du mat’ si je recommence à 10h le lendemain, mais pas à 7h30 et pas tous les jours !! Et vice-versa. Ce seul et unique point m’effraie vraiment beaucoup.
Ce soir je prends une aspirine, et vais tâcher de passer une bonne nuit… qui je l’espère me portera conseil !