Episode 12 : Reconversion ?

Publié le par Sen

Ma vie professionnelle ne me satisfait pas, c’est sur, officiel et certain. Je m’ennuie, je suis trop souvent enfermée toute seule dans mes 4 murs (très moches et sombres au demeurant), je suis amère sur mon parcours, je n’arrive pas à trouver de meilleur poste et semble m’évertuer à remplir mon temps libre de toutes sortes d’activités, comme pour combler un manque… (Je prends des cours de chant, je dévore les livres de recettes de cuisine, cultive avec frénésie diverses plantes aromatiques sur mon balcon, range, lave et nettoie, etc…)

Les raisons : J’ai un mur en guise d’avenir. Si je me projette en janvier 2008, voici ce que je vois : dans le meilleur des cas ma compagnie a trouvé de quoi continuer à me payer 1 an de plus, toujours au SMIC, ce qui signifie qu’à près de 28 ans et 4 ans d’expérience je serai toujours en situation précaire et gagnerai moins de 1000 € par mois. Dans le pire des cas bien entendu, je me retrouve au chômage avec une indemnisation dérisoire parce que encore inférieure au SMIC et je galère pendant des mois voire des années pour retrouver un autre poste dans la culture, sachant qu’ayant plus de 26 ans, je n’entrerai plus dans aucun contrat aidé, cadre d’emploi le plus courant actuellement.

Face à ce constat, les mêmes doutes reviennent de nouveau me tarauder et je finis par me dire que si les mêmes questions reviennent sans cesse se poser, c’est qu’on n’y a toujours pas apporté une réponse satisfaisante.

J’ai commencé à me poser la question de changer radicalement de métier une première fois vers la fin 2004, lors de mon premier poste ; je me suis dit que mes raisons n’étaient peut-être pas bonnes car à l’époque je ne me sentais pas épanouie là où j’étais, surtout humainement, et que ce critère ne pouvait pas à lui seul remettre en cause un parcours et des choix datant de plusieurs années. De plus, je ne savais pas vraiment quoi faire d’autre.

Je me suis reposé la question une seconde fois à l’automne 2005, alors que j’étais au chômage, je suis allée plus loin dans ma réflexion. J’ai envisagé certaines solutions de « repli », tout en restant relativement proche des compétences que je possédais déjà (la communication, le secrétariat, les postes de type administratifs, relationnels, etc…). Je n’avais toutefois pas abandonné mes recherches dans le secteur culturel. Cependant, je me disais qu’une fois de plus les raisons de ma remise en question n’étaient peut-être toujours pas bonnes : quand on est au chômage, on a un côté désespéré qui incite à envisager des possibilités qu’on envisagerait pas la tête froide.

Cependant, plus d’un an après, revoilà la même question. Maintenant que je suis de nouveau en poste et qui plus est dans la culture et avec une équipe - très absente - mais agréable humainement, je me dis que le mal est sans doute plus profond qu’il n’y parait. Au-delà des questions de salaire et de précarité j’ai commencé sérieusement à me demander si mon envie de tout arrêter et de recommencer complètement autre chose ne reflétait pas une perte de foi et de motivation pour ce que je fais. Je me demande si mon choix de la culture n’est pas un choix d’ado idéaliste et révolté indéfendable face à la réalité et au pragmatisme bassement terre à terre de la « vraie vie ».

Ce à quoi j’aspire aujourd’hui est sans doute beaucoup plus pratique et matérialiste que ce à quoi j’aspirais 6 ans en arrière. Je suppose qu’il est normal que les gens évoluent. Du coup l’activité que j’exerce ne me permet et ne me permettra sans doute jamais d’atteindre mes nouveaux objectifs et priorités de vie.

Certaines choses me paraissent effectivement plus claires sur ce que je veux ou ne veux pas ; je ne veux pas tout, tout de suite : je me moque de gagner peu, mais uniquement si je sais qu’à force de travail et de temps je finirai par gagner plus. L’évolution du salaire et des responsabilités est une source de motivation importante. Le semblant de métier que j’exerce aujourd’hui ne me le garantit pas. Je crois que je veux m’investir dans un métier où il existe des perspectives d’évolution. Je ne souhaite pas non plus être forcément embauchée en CDI, tout de suite, jusqu’à la retraite ; par contre j’aimerais avoir la certitude de retrouver du travail relativement facilement en exerçant un métier utile, durable et demandé.

Voilà pour les conditions. Quant au qualités et compétences que je souhaite utiliser : mon légendaire sens de l’organisation ET mon sens créatif et artistique, le tout dans une activité qui nécessite action, dynamisme et contact régulier avec les autres. Et pour finir ce que je déteste par-dessus tout : passer ma vie au téléphone à répéter un discours tout fait, raconter toutes sortes de boniments pour vendre à tout prix des trucs et atteindre des objectifs commerciaux, travailler toute seule tout le temps et être enfermée entre 4 murs les yeux scotchés à un écran d’ordinateur. Je crois que j’ai fait le tour.

Alors j’ai repris mes dossiers sur mes recherches d’emplois, de formation, etc… et j’ai exploré de nouvelles idées… et après ces longues lignes, voici ma dernière idée : devenir cuisinière !!!

J’ai donc commencé à me renseigner sur le métier, sur la marche à suivre pour y parvenir, etc… Je suis consciente du virage que cela représenterait, mais au point d’agacement et de lassitude où j’en suis, ça ne me fait pas plus peur que cela. Ce que je crains le plus, c’est un autre mauvais choix.

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souricette 31/08/2007 20:26

Bonjourje découvre seulement cet article j\\\'espère qu\\\'à ce jour, vos possibilités et votre envie de reconversion ont pû se concrétiser. Je suis dans l\\\'impasse moi aussi après 12 ans d\\\'ancienneté.ça m\\\'a fait du bien de vous lire, non je ne suis pas seule ! ;-)Bon courage et bonne chance, si ce n\\\'est pas encore fait !

Pascal 18/07/2007 17:52

juste un mot BRAVO ! j'ai découvert hier ton blog et commencé par tes premiers post, le lis avec gourmandise tes textes et me retrouve un peu et parfois beaucoup ! j'aime bien ce texte parcequ'il marque un changement radical dans ta façon d'écrire et de voir la vie, c du vécu à l'état pur et j'ai bien rie. Comme toi je me pose beaucoup de questions et le choix d'une reconversion se pose et m'enlève le sommeil. bon courage

écrivaine à l\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\ 14/12/2006 22:18

Je ne suis absolument pas dans la cuture, mais j'aurais pu écrire ces lignes: "L’évolution du salaire et des responsabilités est une source de motivation importante. Le semblant de métier que j’exerce aujourd’hui ne me le garantit pas. Je crois que je veux m’investir dans un métier où il existe des perspectives d’évolution" J'arrive à ce passage de ton récit qui correspond à ce que je vis actuellement, j'ai une maîtrise de droit privée et je travaille dans une associaton ,où je renseigne des personnes. Ayant fait le tour du poste je m'ennuie ,je me rends compte que le droit comme le social existent à deux vitesses et que c'est pas toujours joli joli. De plus,je reçois de plus en plus de personnes instables et je n'ai ni le diplome de psy ni celle assistante sociale!! Dans une premier temps je cherche à en partir pour cause d'un nouveau poste mais j'ai du mal à savoir ou me diriger et j'ai l'impresion que je ne veux pas rester dans le droit du moins pas le droit pur...

Claire 31/07/2006 20:50

Salut,
Je viens de parcourir ton blog (suite au message que tu as laissé sur le site Cortex) et j\\\'ai eu bizarrement l\\\'impression d\\\'avoir écrit moi-même ces quelques lignes. Je suis tout à fait dans le même cas (Maitrise de "Conception et Mise en Oeuvre de Projets Culturels", plus de 6 mois pour trouver un taf dans le secteur culturel (malgré beaucoup de bénévolat et de stages...) pour déboucher aujourd\\\'hui sur un CDI certes! mais en emploi jeune avec 923euros de salaire par mois, et un boulot loin d\\\'être épanouissant (seule devant un ordi toute la journée a trier le courrier et faire (heureusement!!!) un peu de com... et le tout à 600km de ma région d\\\'origine. No comment... Malgré tout,  je reste accrochée à cette envie de travailler dans le monde du spectacle, et je pense qu\\\'il faut garder espoir malgré tout (je changerai peut être d\\\'avis dans quelques années, voir quelques mois...). 
Dans tous les cas, je te souhaite bon courage pour ta nouvelle vie. De mon côté, je fais partie d\\\'un groupe de reggae pour lequel tout fonctionne très bien en ce moment : Présélections Printemps de Bourges, Plusieurs 1ères parties, festivals...(http://metissereggaesite.free.fr), ce qui me permet de tenir et ainsi de m\\\'accrocher à mes rêves...

Sen 15/08/2006 20:34

Merci Claire pour ta réaction et ton témoignage! Je vois une fois de plus que nous sommes bien nombreux (trop!) à être dans une situation précaire voire misérable dans la culture... une situation que j'ai finalement décidé de ne pas subir toute ma carrière. Je te souhaite bien entendu de résister et d'arriver à l'idéal que tu recherches. Après tout, peut-être que je manque de persévérance ou de patience, mais que veux-tu, j'ai besoin d'espoirs plus réalisables et plus probables pour maintenir toute ma motivation!à bientôt sur mes pages ou ailleurs peut-être!

isa 28/05/2006 09:11

Bonjour,
C'est fou comme mon expérience est similaire à la tienne. Je suis en emploi-jeune (CDD jusqu'en 2007) au smic ds une cie de théâtre. je m'occupe de l'administration, de la diff des spectacles, de la compta, de la gestion de la paie, etc., de tt quoi... l'équipe artistique n'est pas svt là (je communique pratiquement tjs à distance via le mél ou le tél) et nous venons d'emménager ds un ancien bâtiment industriel où je me retrouve seule, éloignée du centre, enfermée entre 4 murs, ds une petite pièce sans ouverture, rivée sur mon ordi. sans perspective d'évolution. au vu des finances de la cie (c'est moi qui m'occupe de la trésorerie et de la compta), je me demande ct elle pourra à la fin de mon emploi-jeune prendre en charge un salaire charges comprises ne serait-ce qu'au smic. et je ne serai plus éligible aux contrats aidés (ce n'est pas plus mal). ns comptons faire des demandes de subv spécifiques pr conserver ce poste, mais la situation est tellement précaire. gagner le smic pr t'occuper uniquement de la diff ou de l'administratif pourrait passer, mais tt faire, y passer qques unes de ces soirées, ces we... j'examine actuellement d'autres pistes, en dehors du secteur culturel. et nous ne sommes pas les seules !
courage, tu fais bien de tenter autre chose. de tte façon tu ne sauras jms si c'est le bon choix avt de l'avoir expérimenté. renseigne-toi bien avt de te lancer auprès de pros (sur les conditions de travail, le marché de l'emploi, etc.) ne sois pas influencée par le fait que l'on pourrait émettre d'éventuelles critiques sur ton cv, que ton parcours atypique pourrait ne pas plaire aux recruteurs. cb de personnes décident de se reconvertir... et puis la vie, c'est prendre des risques, notre choix de bosser ds le secteur culturel en était un.

Sen 29/05/2006 15:51


Merci à Nounou pour ses encouragements ! et merci à Isa pour ton commentaire très détaillé !
 

Je me doutais bien que j’étais loin d’être la seule à être dans ce genre de situation et c’est aussi pour ça que j’ai eu envie de créer ce blog. Merci de ton témoignage en tout cas et bon courage pour la suite, que tu persistes dans la culture ou que tu décides aussi un jour de lâcher l’affaire.