Episode 11 : Portrait de mon nouveau job

Publié le par Sen

Alors ça y est, au bout de 5 mois de chômage (c’est finalement assez peu) j’ai retrouvé un poste dans le secteur culturel. J’y suis toujours à ce jour, mais je poursuis toujours ma quête. Petit portrait de mon nouveau job…

J’ai eu du mal à l’écrire cet article ! A mon avis, le fait que je me rapproche de plus en plus du temps présent dans ce que je raconte rend les choses moins faciles à considérer avec le recul nécessaire pour en faire une histoire claire, synthétique et relatée de manière intéressante. Il n’est pas évident de porter un regard juste et clair sur ce qu’on est en train de vivre. Allons-y tout de même !

Mon département compte plus de 250 compagnies de théâtre professionnelles. Ma compagnie est l’une d’elles. Ce simple constat permet d’avoir une idée de la difficulté pour celle-ci de se démarquer et de survivre, d’autant plus depuis la réforme du régime des intermittents du spectacle, véritable arme d’exclusion massive. Le ton est donné par l’Etat : la seule forme de culture qui pourra survivre sera celle qui sera rentable. Compagnies, à vos calculettes, votre mission n’est plus seulement créer mais surtout vendre, faire des recettes, courir le cachet. Si vous ne pouvez pas vivre de votre art, c’est que vous n’avez pas assez de talent (ça saute au yeux, les candidats de la Star’Ac, eux, sont bourrés de talent). Ma compagnie ne se débrouille pourtant pas trop mal, elle vit quasiment en autofinancement, n’a jamais bénéficié du sacro-saint soutien de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et elle est pourtant toujours là, existant depuis 1993. Ceci posé, voici où se situe mon intervention. J’ai principalement deux aspects dans mon travail : celui de la recherche de financements et montage de projets et celui de la diffusion/communication du spectacle, autrement dit prospection/démarchage/vente (le mot magique du siècle) de la pièce à des lieux d’accueil (théâtres, centres culturels, etc…). J’ai vu rapidement après avoir été embauchée la dernière pièce de la compagnie, celle à diffuser, et j’ai beaucoup aimé. J’avais un peu peur qu’il s’agisse d’un théâtre « intello » qui se prend au sérieux et cultive l’élitisme du genre « de toutes façon vous pouvez pas comprendre », mais je suis rassurée, c’est tout l’inverse, leur spectacle est tout public, très accessible, drôle, inventif et émouvant à la fois.

Du côté de mon travail, pas de souci majeur donc, j’ai très vite vu ce que j’avais à faire et je savais le faire. Ce sont surtout les conditions dans lesquelles je travaille qui me posent problème. Les comédiens étant la plupart du temps en ateliers à droite à gauche, je passe mes journées complètement seule, de 9h à 18h enfermée dans ce que j’ai pris l’habitude d’appeler mon « trou à rat », bien que la comparaison s’approcherait tout aussi bien d’un poisson dans un bocal : je tourne en rond et je reste parfois des heures sans prononcer un mot. En février lorsque j’ai débuté, je n’avais quasiment pas de lumière extérieure et un petit poêle à pétrole en guise de chauffage qui mettait grossièrement la matinée entière pour atteindre une température acceptable. Je bossais avec un blouson polaire par dessus mon pull et des mitaines aux mains ! J’ai pris sur moi car la compagnie avait en projet qu’on déménage nos bureaux ailleurs, ce qui n’est toujours pas fait aujourd’hui. Autre souci, c’est dur à dire, mais je suis loin d’être débordée et il y a des jours où je m’ennuie terriblement. Je crois que je vais finir par connaître le web par cœur tellement je m’y suis promenée à la recherche de tout et n’importe quoi, que ça ait un rapport avec mon boulot ou non. Le téléphone ne sonne presque jamais, comme si on existait pas... Ça, ça me fait bizarre car dans mon précédant poste j’avais toujours des choses à faire, des courriers à écrire, des gens à rappeler, etc… Quant aux résultats concrets de mon travail, ils sont très difficiles à obtenir. Mes premiers mois de travail ont été consacrés à la constitution d’une énorme base de données sur les lieux de diffusion en France, ciblés selon certains critères. J’ai passé des centaines de coups de fils et envoyé des tas de dossiers pour un résultat aujourd’hui toujours nul, puisque le but était de faire acheter le spectacle afin de décrocher quelques dates, aller jouer ailleurs, se faire connaître. Seulement c’est de plus en plus difficile car toutes les compagnies jouent à ce jeu là et les lieux de diffusion, eux, croulent sous les dossiers artistiques et comptent leurs sous.

Pour terminer, autre inconvénient de ce travail et pas des moindres : je suis ENCORE en contrat aidé, en CAE (Contrat d'Accompagnement à l'Emploi) jusqu'en janvier 2008, payée au SMIC. Encore une situation précaire et le pire salaire que j'ai jamais eu de toute ma vie, y compris jobs d'été. Lorsque j'ai eu ma première fiche de paie, j'ai failli pleurer... Je ne gagne même pas 1000 € par mois...

Alors voilà. Ce portrait vaut ce qu’il vaut. Il n’est pas exhaustif, j’ai essayé de le brosser avec le plus d’honnêteté possible. La conclusion de tout cela, c’est que je suis fatiguée. Travailler sans résultats et dans des conditions inconfortables use, lentement et quotidiennement. J’ai toujours gardé un œil sur les offres d’emploi, pour trouver mieux. Malheureusement, rien. Alors au fil des mois, mes interrogations temporairement endormies pour me concentrer sur mon nouveau travail sont réapparues et cette fois j’ai pris le taureau par les cornes et me suis jurée de trouver une solution. MA solution.

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don quichotte 24/05/2006 14:28

Prendre le Taureau par les cornes,
Excellente idée, la meilleure qui soit, avec toute la motivation possible.... tu en es largement capable....Si besoin d'une aide pour t'aider à attraper le taureau et lui donner quelques leçons !! c OK
donnes de tes nouvelles,
@ bientot,
Toujours plaisir à te lire,
J'aime ton style d'écriture, Talent à ne pas négliger