Mon expérience dans la restauration rapide, part 4 : La valse des restaurants

Publié le par Sen

rest rapide - sandwichQuand j’ai commencé à travailler dans cette entreprise, elle existait depuis un peu moins de 2 ans. Elle comptait alors 3 restaurants sous la même enseigne et envisageait d’en ouvrir encore beaucoup d’autres. Un projet très ambitieux. Les premiers restaurants devaient être ouverts en propre puis au fur et à mesure ils créeraient une franchise. Un bon concept, dans l’air du temps, à priori ça avait tout pour marcher.

 

Je n’ai jamais été dans le secret des comptes de cette entreprise et ce ne sont pas mes affaires. Je ne fais que constater et interpréter à partir de ce que j’ai vu.

Aujourd’hui, il y a eu à ma connaissance au moins 7 restaurants ouverts en propre par ces personnes. Je me demande, avec le bon sens du citoyen lambda, si ce n’est pas un peu BEAUCOUP d’un coup ? D’autant plus que la plupart ont nécessité des travaux et donc de longues périodes d’immobilisation où le local coûte de l’argent sans rapporter un centime.

 

De plus, il m’a semblé constater, à partir de l’exemple du dernier restaurant dans lequel j’ai travaillé, que l’ouverture avait un peu l’air d’une fin en soi et qu’ensuite on était pressé de passer à autre chose… une autre ouverture par exemple. Ne faut-il pas suivre scrupuleusement le restaurant durant les mois qui suivent une ouverture ? N’est-ce pas une étape cruciale que le lancement d’une nouvelle enseigne dans un nouveau quartier ? Que l’accueil et la fidélisation d’une nouvelle clientèle ?

Alors récapitulons :

 

Finition du restaurant : on est en été et la clim’ est défectueuse, la température est de 32°C le matin à 8h à l’ouverture et monte jusqu’à 36 le midi en salle. Un jour les carreaux en céramique des toilettes me sont tombés sur les pieds alors que je nettoyais le miroir. Faut dire qu’ils avaient été super bien collés ! Il y a un espace au dessus de la porte qui mène à la cave qui n’est pas bouché et de désagréables odeurs d’humidité remontent depuis le sous-sol dans le restaurant. Ha, oui ! Et puis il n’y a pas eu de dévidoirs à papier toilette ni à essuie-mains installé dans les toilettes. Oh, et maintenant que j’y pense, quand je suis partie un an plus tard, il n’y en avait toujours pas. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir LOURDEMENT signalé à plusieurs reprises. Quand on sait que l’un des adages à propos de la qualité d’un restaurant concerne l’inspection de ses toilettes… Propres, mais vides. Tout est dit. Voilà qui résume bien l’ensemble de la chose en fait : une jolie coquille vide. Du clinquant, du superficiel et rien derrière.

 

Clientèle : Ce restaurant est tout d’abord beaucoup trop près d’un autre de la même enseigne. J’en veux pour preuve que quand j’y ai travaillé, je connaissais déjà la moitié des clients, qui avaient déserté le premier restaurant pour le second. Donc au lieu de multiplier la clientèle par deux, on l’a divisée. Bieeen !

Ensuite, des campagnes de tractage hasardeuses ont été organisées. C'est-à-dire que des étudiants, peu ou mal informés sur le produit, débarquaient à l’improviste pour distribuer en 20 minutes des prospectus qui ont sans doute coûté un bras à l’entreprise, à des gens qui pour la plupart les ont soit jeté dans une poubelle 2 mètres plus loin, soit fourré dans leur sac sans le lire. Pas très efficace. Moins qu’un bonne pub ou un article dans un quotidien ou un hebdo local massivement lu par notre cœur de cible, à mon humble avis.

Enfin, il me semble que le potentiel du quartier a été largement surévalué, du moins en l’état actuel des choses. En effet, ce dernier restaurant a ouvert dans un quartier en pleine mutation… mais aussi en plein travaux. Ce qui signifie que si la moitié de la rue est terminée et pleine de commerces tout beaux tout neufs, l’autre moitié ressemble à une ville fantôme du Far West. Ce quartier, c’est aussi un peu la cour des miracles. Si le midi mes clients étaient des gens qui travaillent dans les environs, durant toute la matinée, j’avais plutôt affaire à des mendiants ou des cas sociaux. Pas le genre de clientèle qui vous fait exploser le chiffre d’affaire.

 

Maîtrise des charges : Alors là, on fait dans la grande classe. Mon Bon Monsieur, puisque le quartier est en profonde mutation et que les immeubles sont refaits à neuf, cela justifie que les loyers soient proprement exorbitants. Et ce troisième et dernier restaurant où j’ai travaillé n’avait décidément pas de chance, car il était l’un de ceux qui cumulait le plus de charges. Donc à chiffre égal, il était moins rentable qu’un autre restaurant.

La solution ? Ben on a qu’à réduire le nombre d’employés. C’est vrai qu’on est deux, c’est enoooOOOOooorme ! Et c’est comme ça que progressivement les absents (malades ou licenciés) n’ont plus été remplacés et que je me retrouvais très régulièrement seule dans le restaurant où l’on exigeait de moi le même rendement que lorsqu’on était deux. Un jour, alors que je courais survoltée pour tenter de boucler la production à temps, la dirigeante et son associé de mari passent. Je leur fait savoir poliment que là, les conditions sont vraiment très difficiles. Et là, que se passe-t-il ? Son mari éclate en un sonore et tonitruant « Je ne veux pas entendre ça. Vous n’avez qu’à vous bouger le CUL ! Et puis moi je m’en vais parce que je vais m’énerver ». Et il claque la porte. Qu’est-ce que je disais déjà ? Ha oui : LA GRANDE CLASSE !!!

 

Je pourrais malheureusement en dire encore beaucoup plus, mais est-ce bien nécessaire ? Et puis ça commence à faire long.

 

Lundi, suite… et fin !

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plombier paris 10 26/01/2015 10:54

J'apprécie votre blog , je me permet donc de poser un lien vers le mien .. n'hésitez pas à le visiter.
Cordialement

Caroline 21/06/2010 16:20



Tiens, ca me rappelle l'histoire du fameux rameur... c'est triste à dire, mais c'est pareil partout : des investissements à court terme et aucune reflexion à long terme de rentabilité voire même
à moyen terme :(



Nicolas Douaud 20/06/2010 08:07



J'ai été manager pendant 9 ans pour une grande enseigne d'habilement et de chaussure et je constate que cela était en tout point pareil à votre situation: travaux baclés, clim' défectueuse,
ouverture de points de vente proche les uns des autres ce qui a crée un effet de cannibalisation, réduction massive de personnel...bref, bienvenue dans le meilleur des mondes. Merci pour cette
article qui m'a replongé un instant dans ce que j'ai connu pendant une paire d'années.



Sen 21/06/2010 13:44



et bien... c'est à la fois rassurant... et consternant de voir que ce genre de pratiques est commune! Moi personnellement j'avais honte tous les jours de
devoir accueillir des clients dans un lieu où le rouleau de papier toilette se promenait de mains en mains et se retrouvait posé par terre.... un exemple parmi d'autres! Je n'ai jamais pu m'y
faire. Je ne peux pas cautionner un mépris pareil des gens.



Dinedine 19/06/2010 18:18



Y'a des fois où on voudrait être sourds que d'entendre des dirigeants vous dire de "vous bougez le c**" alors que t'étais déjà assez débordée comme ça !



Sen 21/06/2010 13:47



encore une fois, je le dis, dans cette boite UN SEUL mot d'ordre : MEPRIS de tous et de tout le monde, employés et clients compris!!


et encore, je n'ai pas raconté la fois où j'ai ramené une demande de devis pour une commande  17 menus et que la dirigeante m'a fait un fromage parce
qu'elle n'avait pas que ça à faire de rédiger des devis pour des gens qui "grattaient" 30 centimes sur chaque menu!!


Quel bel esprit commerçant!!