Episode 2.05 : 35h de réflexion

Publié le par Sen

Au menu du jour, un peu de réflexion (du « lourd » comme dirait Largo ;-). J’avais dit que ces 8 mois de formation me serviraient aussi à construire un projet professionnel et à préciser ce que je souhaitais faire, et ça commence dès aujourd’hui !
Par ailleurs, je terminerai ma note en évoquant le « séisme » social de la semaine dans l’hôtellerie restauration, à savoir son passage aux 35h. Difficile d’ignorer pareil événement lorsque l’on envisage de travailler dans le secteur…

En évoquant cette semaine les différents stages à effectuer dans l’année, on m’a posé une question : qu’est-ce que vous voulez faire après ? (Sous entendu à la fin de la formation). J’ai pris une grande inspiration en souriant et 1000 réponses se sont bousculées à la sortie… Ce qui fait que j’ai finalement choisi pour l’instant de n’en donner aucune. Je suis en train de réaliser concrètement qu’une chose merveilleuse est à ma portée : le CHOIX. J’en ai déjà un peu parlé auparavant, mais ce que je pressentais à l’époque se vérifie aujourd’hui au fur et à mesure que j’avance dans ma voie. Avoir le choix. Le choix de donner l’orientation que l’on veut à sa carrière, le choix de bifurquer, d’essayer, de tenter, de multiplier les expériences… Sans être jugée, cataloguée, étiquetée, marquée au fer rouge. Avoir le choix de ne pas choisir le « moins pire » des boulots comme j’ai pu le faire avant dans la culture.

J’ai essayé de connaître les parcours de quelques-uns de nos profs. C’est effarant. Ces gens ne sont pas des profs de cuisine depuis toujours et à jamais, bien au contraire ! Ils ont multiplié des tas d’expériences différentes : ils ont travaillé en restaurant, chez un traiteur, voire chez un boucher, en restauration collective, ils sont allés à l’étranger, sont revenus, ils ont été employés, chefs d’entreprises, ils ont été un jour commis, sont devenus Chefs puis ils passent à un moment de leur vie dans un lycée hôtelier pour enseigner, avant de repartir ailleurs, un jour.

Quels métiers offrent encore de telles opportunités de mobilité professionnelle dans notre monde de plus en plus cloisonné où l’on enferme les gens dans des cases, des spécialités et où les passerelles se font rares ?
Tant de choses semblent être possibles. J’ai tendance à penser aujourd’hui que pour mes premières années dans la restauration, il peut être bon de travailler dans quelques établissements réputés afin d’acquérir un niveau suffisamment élevé pour m’ouvrir un maximum de portes. Qui peut le plus, peut le moins. Car qui sait ? Qui sait si je ferai dans quelques années le choix d’ouvrir mon propre établissement avec la part d’implication personnelle et de sacrifices que cela entraîne, ou bien si je ferai le choix de l’équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle en m’exposant à moins de responsabilités ? Dans le premier cas, mon CV assiéra ma crédibilité auprès de mon banquier et je disposerai d’excellentes bases pour voler de mes propres ailes. Dans le second cas, il me permettra d’accéder plus facilement à des postes d’encadrement tout en restant employée.
A ce jour, je ne peux pas trancher parce que je ne sais pas de quoi sera faite ma vie dans quelques années ni comment auront évolué mes aspirations. Alors mon choix principal aujourd’hui est de ne pas m’enfermer dans une voie trop étroite et de me constituer la meilleure carte de visite qui soit afin de pouvoir par la suite travailler où je le souhaiterai.

Je suis probablement un peu masochiste, mais c’est pourquoi cette semaine, j’ai calé ma troisième période de stage, la plus longue (environ 2 mois, entre avril et juin) et donc la plus importante : Je vais retourner chez Une Table, Au Sud, lieu de mon premier stage avant reconversion ! Je sais que ça va être dur, mais je sais aussi que je vais beaucoup apprendre et qu’en terme de « carte de visite », c’est quand même pas rien… !


Enfin, pour terminer cet article du jour, la nouvelle, attendue et suivie depuis plusieurs semaines maintenant, est tombée : le Conseil d’Etat vient de décider cette semaine d’aligner le temps de travail dans le secteur de l’hôtellerie restauration sur le droit commun, en d’autres termes : on passe aux 35h. Alors est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Mon sentiment pour le moment : je suis… perplexe ! Une fois de plus, je rappelle que je ne souhaite pas faire de politique sur mon blog et que du coup, traiter de cette actualité ne m’a pas été facile, tant les 35h sont un sujet éminemment politique ! J’essayerai donc de vous donner les faits et d’évoquer les différentes réactions et conséquences sans lancer de polémique pour autant, ce qui ne signifie pas que vos avis et réactions ne m’intéressent pas, tant que nous restons entre gens civilisés !

Ainsi, depuis l’accord de branche conclu en 2004, l’hôtellerie restauration bénéficiait d’un statut particulier face à la durée du temps de travail. La profession restait à 39h hebdomadaires, soit 35h + 4h dites « d’équivalence » payées sans majoration, et compensées par une 6ème semaine de congés payés et 2 jours fériés concédés. Aujourd’hui, à l’instigation des syndicats, le Conseil d’Etat a tranché en faveur d’un passage aux 35h, supprimant au passage la 6e semaine de congés et les jours fériés mais instaurant le paiement majoré des heures supplémentaires de la 36ème à la 39ème heure. Par ailleurs, le paiement rétroactif des heures supplémentaires depuis janvier 2005 a été réclamé. La restauration collective étant passé depuis un moment aux 35h, c’est aujourd’hui la restauration commerciale, composée à plus de 90% de petites entreprises, qui est concernée.

Les réactions, y compris au sein des organisations syndicales, ont été très variées. Là où certains se réjouissent du rétablissement d’un régime de droit commun plus juste, d’autres ont du mal à considérer comme une victoire la perte sèche de la 6ème semaine de congés payés et pensent que les 35h seront synonymes de plus grande productivité et donc de conditions de travail dégradées. Pas simple de savoir laquelle de ces deux visions sera la plus juste…

En fait, si j’ai bien tout compris, certains syndicats, dont la CFDT, estiment que les employés vont continuer à travailler 39h mais verront leur salaire augmenter de par la majoration des heures supplémentaires. Mais est-ce ainsi que les choses vont se passer ou bien va-t-on assister à du « 35h payé 35 » et donc à une baisse des salaires ? Je suis curieuse autant qu’anxieuse de voir quelle va être l’attitude des employeurs… Je pense toutefois que le problème ne doit pas être considéré de façon manichéenne, avec les intérêts des salariés d’un côté et ceux des employeurs de l’autre ou encore « t’es pour les 35h, t’es de gauche, ou t’es contre, t’es de droite ». Il va être bien plus complexe de ménager la chèvre et le chou, de concilier une production, des hommes pour la réaliser, un temps de travail imparti, des charges à équilibrer et des clients à satisfaire…

A un niveau tout à fait personnel, je me suis jurée en quittant le secteur culturel de ne plus jamais travailler pour moins de 1000 € par mois (ce qui n’est tout de même pas une exigence extravagante !!). L’ancien SMIC hôtelier me le garantissait… Ce nouveau système l’assurera-t-il également, dans les faits et pas seulement sur le papier ?


Pour plus d’informations :

- Site du Syndicat CFDT-htr (Hôtellerie-Restauratiion-Tourisme) 
- Site de l’UMIH (Syndicat Patronal du secteur)
- Newsletter pratique et technique détaillant le calcul des salaires et des heures supplémentaires avant et après décision du Conseil d’Etat : http://www.mesheuressup.com


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Sen 30/10/2006 17:28

Bonjour Gardefou et bienvenu!Je crois que tu t'es fourvoyé dans mes intentions! ;-))))Je ne dis absolument pas que la restauration collective n'est pas rigoureuse ni plus cool que la restauration commerciale, au contraire, en ce qui concerne l'hygiène et la réglementation par exemple, c'est souvent bien plus strict dans la restauration collective que ailleurs. Quant au rythme de travail, ce que je voulais dire, c'est que la restauration collective a des horaires attractifs : journée terminée à 15h, week end les samedi et dimanche... ce qui est bien rare dans la restauration commerciale.Figure-toi que je suis actuellement en stage en restauration collective et que je suis en train de découvrir cet univers sur lequel je n'avais auparavant que des idées préconçues, et c'est en ces termes que j'en ai dailleurs parlé sur ce blog. Je trouve ce que je fais très sympa et ce qui est servi aux clients est très satisfaisant! (bien plus que ce qui nous est servi au self du lycée hôtelier dailleurs....)Ne tinquiètes pas pour les trompettes de la renommée, je sais rester lucide sur la grande gastronomie. Si elle m'intéresse, c'est pour la carte de visite qu'elle procure et aussi parce que travailler avec des chefs créatifs est très motivant et instructeur.Voilà, je crois avoir répondu tout ce que je voulais préciser!!!à bientôt et merci pour ton commentaire!

gardefou 30/10/2006 09:45

Sen, j'ai comme l'impression que les trompettes de la renommée t'ont fourvoyée dans le regard que tu portes sur les différents types de restauration : restauration collective ne signifie pas manque de rigueur professionnelle, ni cadence moins soutenue. Si l'objet et les modalités diffèrent, la méthode de travail est la même à la base (hygiène, techniques); tu le constateras dans tes stages. Certes, le nom et le snobisme de certains établissements peuvent paraître plus alléchants...

4largo 23/10/2006 10:37

Ce genre de reflexion est ce que j'appelle du lourd effectivement ! (Et moi j'aime bien :-)J'ai une question:  je sais bien que la France est LE pays de gastronomie mais un stage à l'étranger ne serait pas une bonne chose sur ton CV ? (ça coute certainement un peu d'argent aussi... mais tout ce discute). Tu y as pensé ?Et puis, je te vois quand même bien menant ta propre barque, plutôt que celle des autres... à condition d'avoir les moyens de faire ce que tu souhaites. Et ton banquier sera loin d'être la seule piste dans ce domaine, je pourrais t'en parler à l'occasion.