Ma lettre aux médias

Publié le par Sen

Voici pour info le courrier que j’ai fait parvenir aux médias. Les autres courriers envoyés restent sur le fond assez proches de celui-ci, bien qu’adaptés à chaque cas bien entendu.

Je m’adresse à vous aujourd’hui car je m’estime victime d’une faille du système dont je me dois de vous informer et pour laquelle je sollicite de votre part relais médiatique. Je vous explique ci-dessous de façon nécessairement longue mais la plus concise possible le contenu de mon problème, qui concerne un projet de reconversion professionnelle.

Vous n’êtes pas sans savoir que des notions telles que la « discrimination positive » sont très employées et mises en oeuvre actuellement en France. Cependant, cette mesure, sensée augmenter les chances d’accès à l’emploi ou à la formation de publics en difficultés, génère malheureusement de nombreuses injustices, dont je m’estime à mon tour victime. Actuellement en situation précaire, je suis en effet en train de mettre en œuvre un projet de reconversion professionnelle vers le métier de cuisinier et au nom de la discrimination positive, je risque aujourd’hui d’être privée de la possibilité de me former et donc de voir mon avenir professionnel fortement compromis.

Voici à présent le résumé de mon parcours jusqu’à l’impasse qui me conduit à vous solliciter à ce jour :

J’ai 26 ans et j’habite Marseille. J’ai terminé mes études en septembre 2003, avec une Maîtrise Métiers des Arts et de la Culture mention Patrimoine et Tourisme. A l’époque, passionnée par la culture et le Patrimoine, j’avais fait le choix d’en faire mon métier.

Aujourd’hui, après 3 ans de vie active, je m’aperçois que c’était une erreur. Je n’ai réussi qu’à décrocher des contrats aidés (un emploi jeune puis un contrat d’accompagnement à l’emploi, poste que j’occupe encore actuellement), jobs alimentaires qui me maintiennent dans la précarité et m’ont beaucoup éloignée de mes objectifs initiaux. Face à ce constat d’un avenir professionnel plus qu’incertain, je décide alors de quitter ce secteur d’activité. Après bien des mois de réflexion, je trouve la voie que je dois emprunter, qui me plaît et me conduira vers une insertion durable dans la vie professionnelle : la cuisine.

J’engage alors de nombreuses démarches afin de préciser mon projet de reconversion et le mettre en œuvre. Au bout de quelques mois, je décide, afin de confirmer mon choix, d’effectuer un stage en cuisine conventionné avec l’ANPE. Ayant pris contact avec des restaurateurs, je suis acceptée dans un établissement gastronomique de Marseille qui me fait rentrer de plein pied dans l’univers de la restauration qui m’enchante. J’effectue ce stage pendant 1 mois certains soirs de la semaine et du week-end en plus de l’emploi que j’occupe déjà à temps plein, mais peu importe, c’est le prix à payer pour asseoir mon projet.

Parallèlement à mon stage, j’ai postulé auprès du lycée hôtelier de Marseille afin d’intégrer la formation en CAP Cuisine pour adultes du GRETA à la rentrée. Cet établissement, très réputé, est très reconnu par les professionnels du secteur et constitue un « plus » sur un CV. Début juillet, je me rends à une réunion d’information au lycée au cours de laquelle sont expliquées les modalités d’accession à la formation. 14 places sont ouvertes dont 7 au minimum sont réservées à un public désigné comme prioritaire par le Conseil Régional, à savoir les jeunes de moins de 25 ans sortis de la scolarité. Venant d’avoir 26 ans en avril dernier, je ne rentre donc plus dans ces critères à 4 mois près. Les 7 autres places sont ouvertes aux personnes effectuant un CIF (Congé Individuel de Formation) et aux demandeurs d’emploi de plus de 25 ans (c’est cette fois mon cas).
Les 7 jeunes prioritaires sont pris en charge à 100 % par le Conseil Régional dans le cadre du Plan Régional de Formation. Pour les 7 autres, la formation a un coût résiduel de 1837,50 € qui doit être pris en charge par un organisme (FONGECIF pour les CIF, ASSEDIC pour les demandeurs d’emploi, Conseil Général pour les RMIstes, etc). Cependant, le responsable de la formation annonce que les ASSEDIC auraient déclaré qu’ils ne prenaient plus en charge aucun coût de formation et ce depuis mars ou avril 2006. Il précise également que le lycée hôtelier refuse catégoriquement l’autofinancement d’un candidat.

Effondrée par cette annonce qui ébranle tout à coup la totalité de mon projet et dont personne ne m’avait avertie auparavant, je prends rendez-vous avec un conseiller à l’ANPE pour avoir plus d’information sur ce point précis. Or, à l’ANPE, on m’assure qu’il n’y a aucun problème et que, au regard de ma situation et du fait que le métier de cuisinier est un métier « en tension » pour lequel les offres d’emploi peinent à être satisfaites, ma demande de formation sera acceptée et prise en charge.

Rassurée, je me rends donc le 7 juillet dernier aux tests et entretien de motivation au lycée hôtelier pour intégrer la formation. Je reçois peu après la mi-juillet une réponse positive, m’invitant à effectuer toutes les démarches administratives nécessaires à mon inscription. Je suis bien évidemment très heureuse et je m’autorise à penser à mon projet de reconversion dans la réalité et le concret, ce qui est très réconfortant.

Dernièrement, le 17 août, je reprends contact avec ma conseillère ANPE qui me confirme tout d’abord l’acceptation de ma demande de formation et l’assurance de mon indemnisation durant cette période. Quand je lui demande ce qu’il en est de la prise en charge du coût de la formation, elle me répond tout à coup, comme si c’était la première fois que cette question se posait, que les ASSEDIC ne prennent plus aucun coût de formation en charge depuis cette année ! Soit exactement le contraire de ce que m’avait répondu l’autre conseillère rencontrée en juillet spécifiquement sur cette question.

Si je m’en tiens à cette nouvelle, mon inscription au lycée hôtelier va être annulée et c’est tout mon projet de reconversion, mon avenir professionnel en somme, qui va tomber à l’eau pour une durée plus qu’indéterminée dans la mesure où je ne serai pas plus éligible l’année prochaine que cette année : j’aurais encore un an de plus !


Je refuse d’en rester là et d’accepter que ces 1837,50 € que personne ne peut prendre en charge ruinent un projet de vie de plusieurs mois et engageant tout mon avenir.

Je trouve incroyable et incompréhensible de ne pas pouvoir mener ce projet à bien sans problèmes. Je suis actuellement en situation précaire, je vis aux crochets de l’Etat grâce à un emploi aidé : je mets tout en œuvre pour me sortir durablement de cette situation et on me refuse la porte de sortie

Le secteur de la restauration a toutes les peines du monde à recruter et quand une personne est motivée, a mis toute son énergie et son avenir dans cette reconversion on l'empêche de faire la formation sous prétexte que les ASSEDIC se dédient et que la "discrimination positive" privilégie la frange des jeunes de moins de 25 ans et les RMIstes??
Que dois-je faire? Vivre de l’assistance publique jusqu'à toucher le RMI pour pouvoir enfin revenir et prétendre à cette formation?

Les formations pour adultes du GRETA sont, comme leur nom l’indique, destinées aux ADULTES qui souhaitent se former ou se reconvertir. Pourquoi un public de jeunes adultes de moins de 25 ans devrait-il prendre le pas sur les autres ? C’est profondément injuste.


Quand les règles sont idiotes, il faut savoir les transgresser.

Et devant tant de non-sens, je me permets de vous interpeller, vous qui êtes les relais de l’information en France, afin que vous sachiez que de telles absurdités existent et sont en vigueur dans notre pays.

Les cours devant débuter le 2 octobre prochain et mon inscription administrative devant se faire début septembre, mon problème est malheureusement très urgent et
je suis actuellement en train de faire tout mon possible pour trouver une issue heureuse à cette situation absurde. Votre soutien médiatique peut peut-être m’aider à sortir de cette impasse, c’est pourquoi je me tourne vers vous aujourd’hui, parce que je refuse de croire qu’un pays comme la France puisse oublier ce que bon sens et mérite signifient.

Convaincue de l’intérêt que vous porterez à ma situation et vous remerciant de m’avoir lue jusqu’au bout, je vous prie d’agréer l’expression de mes salutations les meilleures,

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4largo 29/08/2006 00:56

Je rejoins Corinne sur la discrimination positive... sinon la lettre est claire et bien écrite. J'espère que ça va porter ses fruits. Tiens nous au courant. Courage.

Sen 29/08/2006 09:17

Ha, pour cette fois je ne suis pas d'accord avec vous! Pour moi la discrimination positive est le traitement de faveur d'un groupe donné parce qu'il est identifié comme subissant des difficultés plus importantes que les autres en temps normal. Sauf que du coup on inverse la tendance et que l'on met en grande difficulté tous les autres qui ne rentrent pas dans ces critères! D'où l'injustice de cette mesure, on ne déshabille pas Paul pour habiller Pierre! C'est idiot.Concernant les résultats de mes démarches, j'ai préparé un article qui résume un peu tout... Je vais probablement le mettre en ligne bientôt.Corinne, merci pour ton tuyau de la cfdt, je les ai contactés. Apparemment ils ne sont pas étonnés, mon cas arrive de plus en plus souvent et ils ont de plus en plus de difficultés à intervenir pour trouver une solution. Très réjouissant!

Cigale 28/08/2006 18:59

Si la discrimination positive consiste à donner plus de chances à ceux qui ont le moins de chance, alors c\\\'est quand même un peu le cas, les prioritaires à cette formation étant les - de 25 ans comme le dit Sen, et les RMIstes. Ensuite, viennent les chanceux 2ème groupe, ceux qui rentrent dans une catégorie définie, FONGECIFou autre. Ce qui est étonnant, c\\\'est que la Région accapare cette formation. Ils financent entièrement la moitié des stagiaires, et cofinancent  le reste de l\\\'effectif, c\\\'est une bonne raison, mais alors, pourquoi ne pas augmenter le nombre de places, ou bien créer un groupe "Région" et un groupe accessible aux "autres". Comme tu le soulignes dans ton courrier aux média, ce secteur est cruellement en manque de personnel, on nous le redit tous les jours, la logique voudrait qu\\\'on privilégie donc ces formations qui vont forcément déboucher sur un emploi ...As-tu des retours de la presse ? et de tes autres interlocuteurs ?J\\\'ai appelé le lycée hôtelier ce matin (la secrétaire commence à me connaître) et mon cas devait être étudié cet aprem !J\\\'espère vraiment que nous serons toutes les deux à la rentrée du 2 Octobre. On continue d\\\'y croire très fort !

kittyscarlett 28/08/2006 17:29

Bravo c'est tres clair . As tu eu des retours de certains médias? Bon courage

Corinne 28/08/2006 16:50

Très bien cette lettre, claire, précise. Par contre, j'ai un peu tiqué sur l'expression "discrimination positive" qui ne me semble pas bien appropriée à ton cas.Sinon, es-tu passée au lycée hôtelier ce matin comme tu le laissais entendre dans un commentaire de ta dernière note ?J'y pense aussi... as-tu contacté l'Afpa ? Et la fédération CFDT des services ? C'est un syndicat très actif, notamment dans l'hôtellerie-restauration à cause des abus...  Voici à tout hasard leur site : http://www.cfdt-services.fr Courage ! :-)