Pourquoi j'irais travailler?

Publié le par Sen

Voici un titre d’article directement inspiré du livre du même nom, écrit par un certain Eric Albert, qui cherche à définir et mieux comprendre la relation qu’entretiennent les salariés à leur travail. Encore un bouquin qui m’a l’air bien intéressant et que faute de pouvoir acheter maintenant (j’ai déjà atteint mon quota en budget livre ce mois-ci) j’achèterai ou lirai sans doute plus tard !
En effet, vu les réflexions d’ordre professionnel qui m’ont occupé l’esprit ces dernières années, la valeur que j’attache à mon travail est décidément au cœur du débat.

Si on remonte aux sources de la chose, on peut énoncer quelque chose du genre : l’Homme est organisé en société et pour que tout ce petit monde fonctionne correctement, chacun doit apporter sa pierre à l’édifice, la forme la plus commune de cette contribution étant le TRAVAIL. Voilà, métaphysiquement parlant si l’on peut dire, pourquoi on travaille. C’est d’abord une nécessité sociale.
Maintenant, l’Homme, étant aussi doué de pensée et de réflexion, se dit tous les jours qu’il n’est certainement pas venu au monde pour s’ennuyer et se prendre la tête toute sa vie, d’où l’apparition de la notion de PENIBILITE du travail, puisque cette chose lui est quasi imposée par son aspect indispensable à la survie. Ceux qui essayent de vivre sans travailler confirmeront sûrement. Enfin, en plus d’être inévitable, le travail peut être FATIGANT, STRESSANT, ENNUYEUX, DANGEREUX et j’en passe !
D’où maintenant une troisième notion, capitale de nos jours et à l’importance encore grandissante : il faut faire rimer TRAVAIL avec PLAISIR afin de ne pas avoir l’impression de gâcher le précieux temps que l’on a sur cette Terre à remplir bêtement un compte en banque qui par ailleurs à la fâcheuse tendance à se vider régulièrement et inexorablement presque tout seul !

Mon avis personnel est que tout ceci est une question d’EQUATION à équilibrer. Moi qui détestais les maths, ça m’amuse beaucoup de recourir à ce genre de métaphore !
Pourquoi ai-je finalement décidé de quitter la culture aujourd’hui lors qu’il y a quelques années, je me lançais sans hésitation dans cette passion ? Qu’est-ce qui a bien pu me faire changer d’avis à ce point ? Tout simplement parce que l’équation est beaucoup trop déséquilibrée pour que je m’en accommode. Durant ces quelques années de travail, j’ai eu le temps d’affiner ma « personnalité professionnelle » et de mieux discerner ce que je voulais, ce que j’étais prête à accepter et ce que je ne supporterai pas.

J’étais prête à accepter de ne pas rouler sur l’or… mais il y a des limites à ne pas franchir : avoir le salaire minimum en contrat aidé quand on a fait des études pour occuper des postes à responsabilité, concevoir, créer, organiser, gérer, coordonner ou animer, c’est pour moi inacceptable. Et au regard des possibilités de postes qu’offre le marché culturel à l’heure actuelle, il serait bien naïf de rêver ne serait-ce qu’à un salaire honorable (Certains lecteurs souriront peut-être d’apprendre que pour moi, si ce salaire atteint 1500 €, c’est presque merveilleux !)

J’étais prête à commencer petit… si j’avais réellement la possibilité d’évoluer par la suite ! Le secteur culturel n’offre que très peu de possibilités d’évolution, en terme de salaire comme de mission, et celles-ci sont bien souvent réservées à ceux qui détiennent les meilleurs postes dans de grandes structures. Pour les autres, le seul espoir permis est celui de l’augmentation annuelle du SMIC. Quant aux missions, les uniques salariés des très petites structures font déjà tout eux-mêmes ! Quoi ajouter de plus ?

J’étais prête à donner beaucoup… mais pas en échange de si peu ! Chacun sait que le secteur culturel, comme beaucoup d’autres métiers d’ailleurs, nécessite une grande implication dans sa structure et dans le tissu local, la constitution et l’entretien d’un réseau à rallonge… ce qui signifie être présent sur les événements culturels importants (qui ne sont pas toujours gratuits), de faire connaître des acteurs influents, montrer qu’on existe, montrer qu’on travaille beaucoup, la semaine, le soir, le week-end, pendant les vacances, etc… Seulement c’est bien mignon, mais pour 946 €, je suis désolée mais 35h c’est bien assez ! Je ne souhaite pas sacrifier ma vie privée pour si peu.

J’étais prête enfin à ne pas avoir les outils de travail des grandes entreprises… mais pas à travailler sans chauffage ni clim’, sans plafond, sans vrai bureau (Cf Episode 10 pour mes conditions de travail)… Les comédiens pour qui je bosse ont choisi la « vie de bohême », pas moi ! Les ouvriers du bâtiment ont choisi de travailler dans le froid ou la chaleur, pas moi ! Je pense que vous m’aurez saisie !


Alors comme il est difficile de vivre heureux en faisant la gueule quand on se lève le matin, en étant aigrie face au décalage flagrant qu’il y a entre ses aspirations et la réalité de son parcours professionnel, en faisant le minimum syndical dans son travail parce que quand on en fait plus, on a la désagréable impression de se faire avoir… J’ai finalement décidé de tout plaquer pour refaire autrement, mieux, ailleurs parce que j’ai vraiment ENVIE d’avoir un travail qui me donne envie d’y aller, qui me transporte, qui me stimule et pour lequel la fameuse équation entre je donne/je reçois me paraît enfin équilibrée.


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antony 20/11/2012 20:33


Article très bien écrit. Je voulais arrêter de travailler suite à pas mal de grabuges en ce période de licenciements ... Et je suis tombé sur ton article qui m'a permis de réflechir. Pourquoi
travailler ? Plaisir vs pénibilité. La reconnaissance sociale ...


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En ce temps de crise et d'incertitude, cet article apporte des réponses à des questions existentielles.

caco 25/03/2007 10:36

Cela me rappelle un cours d'économie... le prix du temps, travailler plus ou gagner moins ?
Merci pour cet article, il est important de poser ces bases-là pour s'orienter sans se tromper.

écrivaine à l'essa\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\ 31/12/2006 12:23

L'idée de l'équation équilibrée est sympa ,je trouve.
Je note.