Taux de réussite de 100 % au baccalauréat général programmé d’ici 2015 !

Publié le par Sen

Cela fait quelques jours que l’on nous rebat les oreilles avec l’extraordinaire taux de réussite au baccalauréat, alors je me suis finalement décidée à donner mon avis sur la question... Car je ne vois pas vraiment à quel moment on est sensé se réjouir ! Cela ressemble une fois de plus à une inexorable fuite en avant.

Et voilà qu’on se gargarise des résultats du bac cuvée 2006 ! Plus de 80% des élèves sont reçus, le meilleur taux de réussite jamais enregistré, meilleur même que mai 68 : belle référence, il est de notoriété publique que cette année là le diplôme n’avait pas été loin d’être carrément « donné » à tout le monde. C’est en tout cas ce dont tout le monde est persuadé, et en matière de crédit apporté à un diplôme, ce que l’on croit est loin d’être sans importance.
Et les jeunes concernés, eux, que disent-ils ? Ils sont contents paraît-il ! C’est super, on a bien travaillé (les profs autant que les élèves), on a bien rattrapé notre retard malgré les manifestations anti-CPE, on est fiers de nous…. Et bien pour moi ça devrait être tout l’inverse ! Comment peut-on d’un côté se plaindre de la décote des diplômes et du désintérêt croissant dans le monde professionnel pour la formation et les diplômes des jeunes et se targuer de l’autre côté de faire partie d’une génération qui obtient le bac à plus de 80% ?? Qu’est ce que cela est sensé vouloir dire ? Que signifie le baccalauréat aujourd’hui dans le parcours d’un jeune vers la vie adulte et dans son insertion dans la société ?

Pour commencer, regardons quelques chiffres et faisons un peu d’histoire :

Il existait il y a fort, fort longtemps, (dans un royaume, fort, fort lointain !) un diplôme appelé « Certificat d’Etudes » qui sanctionnait la fin des études dites primaires, sensées donner les bases nécessaires à une bonne insertion dans la société à des enfants de 12 ans. A une époque où faire de quelconques études relevait de l’exception et était réservé la plupart du temps à une élite, l’obtention de ce diplôme était une belle fierté.
Il a officiellement existé jusqu'à la fin des années 60, avant la réforme dite du Collège Unique, mettant en oeuvre une ordonnance de 1959 qui prolonge la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans. A cette époque les jeunes en fin de scolarité passaient un Diplôme de Fin d'Etudes Obligatoires (D.F.E.O.)

Le Brevet des Collèges, lui, a été crée en 1947 sous le nom de BEPC (Brevet d'Étude du Premier Cycle). L'examen a été supprimé et remplacé par un contrôle continu entre 1977 et 1985 avant d’être réintroduit par Jean-Pierre Chevènement en 1985, combinant un contrôle continu et un examen final dans trois matières : Francais, Mathématiques et Histoire-Géographie-Éducation Civique. Il prend le nom de « diplôme national du Brevet » en 1987. Il est toujours actuellement délivré à la sortie du collège, à 15 ans. Aujourd’hui, ce diplôme n’est plus qu’une formalité, et tout le monde l’admet sans peine. Autrefois il n’empêchait pas d’accéder directement à l’emploi, même si cela concernait surtout des emplois non qualifiés, ce qui est devenu impensable aujourd’hui.

Quant au fameux Baccalauréat, il a été créé par Napoléon en 1808. A cette époque, l
es candidats doivent être âgés d'au moins 16 ans et l'examen ne comporte que des épreuves orales portant sur des auteurs grecs et latins, sur la rhétorique, l'histoire, la géographie et la philosophie. Les premiers bacheliers sont au nombre de 31. Ce diplôme, qui a la double particularité de sanctionner la fin des études secondaires et d'ouvrir l'accès à l'enseignement supérieur (le baccalauréat est le premier grade universitaire), va se démocratiser au fil du temps : en 1880, à peine 1 % d'une classe d'âge obtient le baccalauréat, proportion qui s'élève à 62,6 % en 2003 (Plus de détails sur le nombre de candidats en bas d’article).


Alors aujourd’hui c’est devenu un rituel, le pays tout entier attend avec impatience les résultats du fameux examen, qu’il a érigé en véritable reflet de sa jeunesse, de son dynamisme, de son intelligence, de sa promesse d’avenir. Vu sous cet angle, tout le monde est fier d’une si belle réussite. Mais il ne faut pas se leurrer : les jeunes de 1950, 60 ou 70 n’étaient pas plus idiots que ceux de 2006, et si le taux de réussite était moins élevé à cette époque c’est tout simplement parce que le diplôme avait de la valeur et qu’il n’était pas si simple de l’obtenir. Certains jeunes de la cuvée 2006 ont d’ailleurs été honnêtes et ont reconnu que certaines épreuves leur avait semblé vraiment faciles.

Mais il n’y a pas que le taux de réussite au diplôme qui ait augmenté, il y a aussi le nombre de candidats à y prétendre ! Il est aujourd’hui devenu obligatoire pour quiconque d’arriver au moins jusque là sous peine de se voir exclu, mis en marge du système avec d’énormes difficultés prédites à qui voudraient essayer de se remettre « dans les rails » par la suite. On nous parle suffisamment souvent des « jeunes de moins de 25 ans sortis prématurément du système scolaire » que les politiques de tous bords s’arrachent pour en faire leur cheval de bataille! Il y a pourtant des tas de métiers qui ne nécessitent absolument pas d’avoir le bac, mais tellement de jeunes arrivent jusqu’en Terminale, parfois très péniblement, sans trop savoir ce qu’ils font là, mal conseillés, mal orientés ou pas orientés du tout !

Alors bien sur, la société évolue, les compétences et aptitudes demandées pour s’insérer dans la vie active ne sont plus les mêmes en 2006 qu’en 1950, nous sommes probablement plus exigeants. Mais quand même !! Va-t-on bientôt devoir exiger bac+2, 3 voire 4 à n’importe qui pour n’importe quel poste tout ça parce que tous les autres diplômes en dessous ne signifient plus rien et qu’on les distribue à tout le monde ?
Cela fait bien longtemps qu’on parle de « sésame » pour désigner le bac, relégué au rang de passeport qui donne le droit d’aller étudier encore plus et encore plus longtemps. A-t-on plus de crédit une fois le parcours du combattant terminé ? A peine…
Est-ce parce que les enseignements ont été modernisés et sont mieux en phase avec le monde du travail, ou encore l’avenir professionnel ou bien avec les compétences et qualités requises dans notre société que les résultats du bac s’améliorent chaque année ? Rien n’est moins sûr…

Mon sentiment est que cette constante augmentation des réussites au baccalauréat est la résultante d’une fuite en avant. Le taux de réussite au bac ne peut qu’augmenter tous les ans, jamais diminuer. Une règle tacite ancrée dans les esprits : tant que ça augmente c’est que ça va (les seuls chiffres que nous cherchons à faire baisser sont ceux du chômage !) Mais le diplôme perd de son sens en même temps qu’il perd de sa valeur. S’il est réellement réduit à une simple clef vers l’enseignement supérieur alors jugeons tout simplement les parcours, par le mode du contrôle continu et arrêtons par pitié ce simulacre de gloire nationale tous les ans à l’annonce des résultats du bac !


Taux de réussite au baccalauréat général : (source : Education Nationale)

1960 : 73,5 %
1966 : 49.8 % ( !!) Vous imaginez l’émeute nationale si en 2007 un si petit pourcentage de nos jeunes obtenaient leur bac ??
1970 : 69,1 %
1980 : 66,1 %
1990 : 75,5 %
2000 : 80,1 %
2004 : 82,7 %
2006 : 86,5 %

Proportion de bacheliers dans une génération :

Plus de 60 % des jeunes de la décennie 2000 se présentent chaque année au bac contre 1,4 % en 1921, 11,2 % en 1961, 20,1 % en 1970, 25,9 % en 1980 et enfin 43,5 % en 1990, décennie durant laquelle on a atteint les 60 %. Ce chiffre est de 63,8 % cette année.


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maanolia 17/07/2006 10:50

Non non, juste pour te dire que je te mets en lien dans mon blog... rubrique "Un peu comme moi". Bon courage et bravo pour ton blog! :)

Sen 17/07/2006 11:09

ok, très bien! Merci à toi Maanolia!Je vais jeter un oeil chez toi!