Episode 15 : Agent double Bristow au rapport

Publié le par Sen

Voici une conséquence de l’évolution de mon parcours qui mérite que j’en dise quelques mots. J’ai beau être en pleine réflexion sur mon avenir et la voie à suivre, je ne peux bien entendu pas le partager avec mes collègues de la troupe de théâtre ! Vous imaginez l’ambiance : « Oui, alors aujourd’hui je travaille avec vous mais je fais tout ce que je peux pour changer de boulot et même carrément de métier. Mais si jamais ça ne marche pas, je resterai avec vous, faute de mieux. » Non, c’est impensable. Je ne pourrai donc leur annoncer ma décision et mon départ que lorsque ce sera sûr et certain… Mais personne n’aime avoir mauvaise conscience ; jouer un tel double jeu n’est pas facile à gérer et ne pas se griller n’est pas simple non plus. Il y a encore quelques temps, mes réflexions étaient surtout dans ma tête et aucune action concrète n’avait été engagée. Donc à moins d’une gaffe orale, je ne risquais pas grand chose. Mais depuis plusieurs semaines, mes projets deviennent de plus en plus concrets et se traduisent par des actes ! Et il n’est pas toujours simple de cloisonner de façon étanche deux parties de sa vie. Il y a toujours un moment où une fuite fait son apparition… Démonstration.

 

L’histoire de la clé USB

 

Un jour, la comédienne avec qui je travaille vient me rejoindre au « bureau ». Elle a besoin de prendre sur le PC des photos et des documents mais elle a oublié sa clé USB chez elle. Oh, oh. Ca pue. Et vlan, à peine le temps de formuler le danger dans ma tête, qu’il déboule : elle me demande si elle peut m’emprunter la mienne. Merde, merde, merde ! Il me faut un mensonge crédible et vite ! Il est hors de question de lui prêter ma clé, tout le contenu de mon blog ainsi que des documents compromettants comportant dans leur titre des mots comme « démission », « reconversion » ou « cuisinier » sont sur ma clé ! Je me promène toujours avec ma clé USB sur moi, elle me sert à la fois de stockage pour des trucs persos et pour des fichiers du boulot. Dangereuse cohabitation. Je n’ai pas une grande confiance dans la discrétion humaine ; même si elle n’ouvrait pas les documents contenus sur ma clé, la seule vue de leurs titres pouvait suffire à éveiller des soupçons. Je suis vraiment nulle en mensonges, surtout spontanés. Si encore j’avais eu le temps de réfléchir à celui-là ! Mais je ne l’avais pas vu venir. Tant pis pour la confiance entre nous qui en prend un coup dans l’aile, je baragouine finalement une histoire assez médiocre de journal perso que j’écris en format word sur ma clé et que je ne souhaite pas prendre le risque d’être lu. J’ai bien senti qu’elle avait un peu halluciné mais dans l’urgence je n’ai rien trouvé de mieux. L’alerte est passée mais j’ai eu chaud. Heureusement que la comédienne n’est pas parano… du moins je l’espère vraiment car si on m’avait fait un coup comme ça à moi, je n’aurais pas manqué d’être persuadée que l’on cherchait à me cacher quelque chose…

 

Le coup de fil de mon ancien conseiller emploi

 

Même après avoir retrouvé du travail, je suis toujours restée en contact avec le conseiller qui m’avait accompagnée pendant 3 mois lorsque ‘j’étais au chômage. Ayant régulièrement eu recours à ses conseils depuis, nous nous échangeons des mails et quelquefois nous nous téléphonons. Un jour, alors que je venais de lui envoyer un mail lui donnant les dernières nouvelles de mon projet de reconversion, il me rappelle… au bureau ! Zut. Il m’y avait déjà rappelée exceptionnellement une fois auparavant mais je ne pensais pas qu’il avait conservé le numéro. Le problème, c’est que ce jour là, c’est rare, mais je ne suis pas seule, la comédienne est là ! Là, nous avons affaire à une scène intéressante, qui consiste à donner à voix haute des réponses les plus neutres possibles pour que la comédienne présente ne puisse pas comprendre de quoi mon interlocuteur me parle ! Et ce dont il me parle est d’une clarté… Extrait, en substance :

 « Comment ça se passe alors votre stage au restaurant
- Bien… Bien ! C’est… intéressant.
- Vous en êtes où avec votre projet aujourd’hui ?
- Ca va… Ca avance… »

Quand au bout de secondes interminables aux termes desquelles mon interlocuteur a compris pourquoi je ne pouvais guère développer, il me propose de le rappeler plus tard.
Ouf… J’avais l’impression de jouer à « ni oui, ni non ».

 Le combiné raccroché, je peux bien plus aisément expliquer à ma collègue une histoire, ma foi assez proche de la réalité où je n’ai péché que par omission : Mon conseiller emploi avec qui j’ai gardé de bons contacts m’appelle de temps en temps pour demander des nouvelles. Elle trouve ça très sympa et on passe à autre chose. Encore sauvée… Pour cette fois.

 

 

L’émission de télévision

Allez, encore mieux. J’ai quand même de la chance de travailler avec des gens qui n’ont franchement pas l’air ni curieux ni suspicieux… ou alors ils le cachent bien.

Il y a quelques semaines à peine, il m’est arrivé un truc assez sympa : une journaliste d’une grande chaîne de télévision française a lu mon blog et m’a contactée pour me proposer de participer à une émission, un magazine d’actualité politique, en tant qu’invitée « participante » dans le public (plus clairement, être dans le public mais avoir à un moment donné la parole pour poser des questions aux invités du plateau). Je prends donc contact avec la journaliste qui me précise que si je viens, tous mes frais seront pris en charge et je n’aurais à m’occuper de rien. Wouah… Que d’égards. Si toutes les émissions font ça avec tous leurs invités, ça doit leur coûter une fortune. Bref. C’est intéressant, l’expérience vaut le coup d’être tentée. Seulement, c’est en pleine semaine et cela nécessite que je m’absente deux demi-journées, et ce avec l’accord de mon employeur. Je ne sais pas encore si j’irai à cette émission, la journaliste fera au final une sélection parmi les invités, mais si je veux y aller, je dois en parler à mes collègues dès maintenant.

Vous vous doutez cette fois du souci. Comment justifier que cette journaliste m’ait contactée dans la mesure où mon blog n’est pas sensé exister ? Et me voilà encore en train de chercher un nouveau mensonge. Et ma spécialité à moi, vous allez à force finir par le comprendre, c’est souvent de partir de la vérité puis de la déformer. Ce n’est donc pas en découvrant mon blog que cette journaliste m’a repérée, c’est en lisant des interventions que j’aurais faites sur des forums dont les thèmes sont l’actualité et la politique. Réflexion du comédien : « Ben dis donc, ça doit être drôlement intéressant ce que tu as écrit pour qu’une journaliste te propose une émission ! ». Dieu merci, n’étant pas très coutumiers d’Internet, personne au sein de la troupe ne m’a demandé l’adresse pour aller voir ce que j’avais bien pu écrire. Et comme je ne suis finalement pas allée à cette émission, l’affaire fut enterrée.

Mais je sais que ce n’est pas fini… Je dois aussi faire attention de partir à l’heure les soirs où je travaille au restaurant pour être sûre d’y être pour 19h, je devrai trouver une nouvelle excuse pour m’absenter début juillet pour me rendre à la réunion d’information du GRETA à laquelle je suis convoquée ainsi qu’aux tests et entretiens de sélection…

J’aimerais beaucoup tout expliquer à mes collègues, dès maintenant, mais ça ne serait pas très judicieux. Imaginons que le GRETA refuse ma candidature ? Si je n’ai pas de formation, je suis bien obligée de rester. Comment rester et continuer à travailler en bonne entente si mes collègues savent pertinemment que mon souhait est de les quitter ? Alors je dois continuer à jongler jusqu’en juillet probablement et m’habituer à mes hallucinations façon Ally McBeal où je me vois en train de planter un couteau dans le dos de chacun de mes collègues, surtout quand lors de nos réunions internes tout le monde se félicite de mon embauche et de l’équilibre retrouvé de la compagnie… Je m’en remets alors à l’opinion de mes proches qui me disent tous que mon intérêt et mon avenir doivent passer en premier…

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