Episode 13 : Cuisine... et indépendance

Publié le par Sen

Alors voilà. Maintenant que je tiens une liane pour me sortir du marécage, je ne vais pas la lâcher comme ça ! Si je tiens une idée qui me paraît à peu près autant intéressante et motivante que viable et réalisable, alors je dois explorer à fond cette possibilité et me lancer dès que je serai sûre de moi. Une décision d’une telle importance ne se prend effectivement pas à la légère. J’ai donc entrepris un certain nombre de démarches afin de m’aider à faire mon choix.

 

 Tout d’abord, j’ai lu, lu et encore lu ; Des tas d’articles, de chiffres, de statistiques, de forums sur le web, de dossiers… tout ce qui concernait le métier de cuisinier, les avantages, les inconvénients, l’état du marché de l’emploi, des exemples de carrière, des témoignages de chefs, de commis, y compris les témoignages de ceux qui n’étaient pas contents de leur métier, etc. Après cette première phase, je n’étais toujours pas découragée, bien au contraire. Le métier de cuisinier cadre avec mes aptitudes et mon tempérament : il faut être organisé et méthodique, créatif, aimer travailler en équipe ou encore – en premier lieu d’ailleurs – aimer la cuisine ! Ensuite, c’est un métier actuellement très recherché qui offre des perspectives de carrière ; en effet, on a tellement dévalorisé les CAP et autres métiers qui ne nécessitent pas le Bac que plus personne ne voulait faire ce type de formation (l’apprentissage, c’est pour les nuls, c’est pour ceux qui peuvent pas faire autre chose !) c’est bien intelligent, maintenant on a des tas de hauts-diplômés totalement inutiles, désœuvrés et qui ne comprennent pas ce qui leur arrive ! Enfin bref. De plus, les conditions d’exercice du métier, exigeantes, n’ont pas non plus joué en faveur des vocations chez les jeunes : voulez-vous travailler tous les jours, tous les soirs, tous les week-end et pendant vos vacances pour le SMIC ? La réponse est évidemment non, personne ne veut de ça, et c’est bien normal. Et dans la restauration, la prise de conscience est bien réelle : les restaurateurs ne sont pas fous, ils voient bien ce qu’il faut faire pour redonner goût à ce métier et beaucoup font des efforts sur les salaires, les roulements de personnel et les jours de congés. Bien entendu, je suis tout de même consciente que ceci reste le point noir de la profession. Il faut accepter de ne plus avoir des horaires de bureaux et travailler parfois quand ses amis sortent, voir moins souvent son copain… Mais chaque métier n’a-t-il pas son lot d’inconvénients ? Comparons avec celui que j’exerce actuellement : voyons voir, être une intermittente du chômage au SMIC toute ma vie en me rongeant les sangs ou travailler parfois le week-end ou pendant les vacances et avoir un boulot plus stable, mieux payé où la crise du recrutement est telle que le chômage n’existe quasiment pas ? Hum… J’hésite.

 

 Cette première étape accomplie, je me suis cette fois renseignée sur la façon dont il faudrait que je m’y prenne si je me lançais dans cette reconversion. Quand on a plus de 26 ans, il n’y pas 36 solutions pour changer de voie en passant par la case formation : les organismes de formation pour adultes, à savoir AFPA ou GRETA. Etant en Contrat d’Accompagnement à l’Emploi, je fais normalement partie des exceptions concernant démission et droit aux ASSEDIC, j’ai donc la possibilité de quitter mon emploi actuel pour démarrer une formation qualifiante tout en étant indemnisée par les ASSEDIC. Je vérifierai concrètement ce point le moment venu. La formation pour adultes permet de passer le CAP Cuisine, seul diplôme réellement indispensable pour être cuisinier (tout le reste au dessus c’est du luxe, aucun employeur ne réclame en général autre chose qu’un CAP) et s’étale sur une année scolaire, et non deux comme pour un CAP classique. Deuxième étape passée avec succès. J’ai donc contacté le GRETA afin de postuler à la formation en lycée hôtelier pour la rentrée prochaine. Je serai convoquée vers fin juin afin de passer un entretien de motivation et éventuellement quelques tests. Anecdote intéressante, quand j’ai appelé le GRETA, j’ai cru bon de me justifier en expliquant en long en large et en travers mon parcours et ma démarche, ce qui s’est avéré inutile dans la mesure où depuis 3, 4 ans les gens dans mon cas constituent la moitié de l’effectif de la formation, ce qui n’étonne plus personne. Tiens, tiens… Enfin, ayant déjà un niveau post-bac, si je suis la formation je serai dispensée des cours généraux tels que maths, français, etc… ce qui me laissera peut-être l’opportunité de travailler un peu en même temps.

 

J’ai aussi commencé à demander leur avis à des parents et proches, mais compte tenu de l’enjeu j’ai l’impression que tout le monde reste très réservé et craint d’influencer dans un sens ou dans l’autre et je me sens un peu seule avec ma décision. Je sais bien que c’est moi qui la prendrai – ou pas – en définitive, mais j’aimerais sincèrement des avis ou des conseils argumentés, aussi bien sur mes réflexions que sur mes démarches et projets ! Mon copain, lui, ça ne lui pose pas de problème. Il voit bien que je ne suis pas heureuse de ce que je fais actuellement et pense que le « sacrifice » des horaires vaut le coup si cela nous permet de vivre plus sereinement.

 

Parallèlement, je suis allée faire un brin de causette avec un conseiller ANPE. Le conseiller à qui je suis allée expliquer mon projet n’a pas manqué de me regarder avec des yeux ronds. Manifestement si au GRETA ce genre de reconversion ne surprend plus, à l’ANPE ça ne doit pas leur arriver tous les jours. Ayant pris soin de préciser que ma décision n’était pas encore prise mais que je cherchais à prendre un maximum d’informations afin de choisir en connaissance de cause, on m’a conseillé d’effectuer une EMT. Cette chose, l’Evaluation en Milieu de Travail, est un dérivé de stage, court (maxi 70h), et sert soit à tester les compétences de quelqu’un avant de l’embaucher, soit à découvrir concrètement un métier sur le terrain pour préciser un projet professionnel. Ayant trouvé l’idée très bénéfique, j’ai donc entrepris de trouver un restaurant qui accepterait de me prendre pour ce stage, ce que j’ai fini par trouver, très récemment.

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Sen 27/06/2006 12:05

salut,Merci pour vos commentaires! Bertrand, effectivement je m'aperçois de plus en plus que je suis restrictive! Encore une nouvelle découverte pour moi en somme : j'avais naïvement imaginé que les problèmes de galère et d'insertion dans la vie professionnelle s'évanouissaient après 30 ans et quelques années d'expérience... c'est vrai pour certains mais faux pour encore beaucoup!!Alors que faire?? Vais-je devoir modifier l'entête de mon blog et m'adresser aux "jeunes-de-moins-de-50ans"?? ;-)Trève de plaisanterie. Je croyais en fait m'adresser en rédigeant ce blog à des personnes assez proches de ma situation et donc ayant également le même âge, je m'aperçois que les lecteurs de mon blog viennent d'horizons bien plus larges et c'est tant mieux! mon propos est plus universel que je le croyais!à bientôtSen

sab 02/06/2006 19:48

Coucou,J'ai lu ton blog comme tu me l'avais conseillé.Je suis avec toi de tout coeur. On s'est toujours suivi à un an de décallage donc peut être que je me reconvertirai un jour (mais pas dans la cuisine, promis...) et j'irai bientôt goûter les bains de soleil du sud....A bientôt...

blabla 01/06/2006 22:20

j'ai lu ton blog il y a quelques jours dans lequel je me retrouve complètement! et oui que c'est dur de faire concilier ses rêves ou ses espoirs concernant le boulot avec la réalité,
je constate qu'étrangement c'est plus facile pour certains, en tout cas dans mon entourage, des connaissances, un peu de chance et hop un chouette boulot dans la culture, j'ai fini pour ma part par trouver un cdd... qui vivra verra comme disait l'autre,
je ne connais pas la suite de ton parcours mais il me rappelle celui d'une amie, après un dea en géographie, une première expérience dans une entreprise, elle s'est réorientée dans la cuisine et elle s'éclate aujourd'hui derrière les fourneaux même si les horaires sont durs, donc bonne chance à toi!

bertrand 01/06/2006 21:39

Bonjour,J'ai lu ce blog avec grand intérêt et lui trouve plein de qualités et un seul défaut. Pourquoi être restrictive à ce point (Si tu es un « jeune-de-moins-de-30 ans ») ? Car j'ai plus de 40 et malheureusement je me retrouve très bien dans ce récit ! Et je ne pense pas être le seul de ma génération... Bravo et j'attends avec impatience... la suite des aventures !!!