Episode 10 : Cette fois c'est la bonne!

Publié le par Sen

Comment j’ai retrouvé un emploi et bilan de cette période de chômage.

 

 

 La première semaine de janvier 2006 a été faste. En effet, pour la première fois depuis longtemps, je trouvais plusieurs offres d‘emplois me correspondant auxquelles répondre. C’est suffisamment rare pour être souligné. La raison ? Qui sait ? Peut-être la fameuse « reprise » de début d’année. C’est donc pleine d’espoir que j’attaquais cette nouvelle année 2006.

 

 

 Mes espoirs étaient justifiés puisque très vite, l’une des offres auxquelles j’avais postulé a mordu à l’hameçon. Il s’agit d’une Cie de théâtre professionnelle. Ils recherchaient un chargé de diffusion et de développement. Les compétences requises me correspondaient. J’ai donc un rapide coup de fil, très jovial, d’un des comédiens qui me convie à un entretien. Cool ! Je me rend donc quelques jours plus tard dans un appartement d’un quartier populaire de ma ville où j’avais rendez-vous. Je rentre dans un immeuble, le traverse et me dirige au fond de la cour vers un deuxième immeuble plus petit, conformément aux indications que j’avais reçues par téléphone. Je m’enfonce dans une minuscule cage d’escalier branlante et arrive au premier étage où je frappe. Le comédien que j’avais eu au téléphone m’ouvre. Son acolyte féminine n’est pas encore arrivée me dit-il et il me propose un thé. Tout en acquiesçant avec plaisir (il fait très froid début janvier, même en méditerranée !) je parcoure les lieux du regard. Berk, cet endroit est détestable, j’ai l’impression d’être dans une cave. Ca ne peut pas être un appartement, c’est sur. Il fait horriblement sombre (le premier immeuble avant la cour du haut de ses 5 étages empêche toute tentative de la lumière pour arriver jusqu’ici). Le plafond est… Comment dire ? Inexistant ? Sous un semblant d’enduit craquelé par endroit et carrément disparu à d’autres on voit très clairement les planches qui constituent le sol de l’étage supérieur et le tout semble tenir par l’opération du Saint Esprit. Les murs ne valent guère mieux. Ils révèlent une succession de peintures et de papiers peint du meilleur goût qui doivent facilement remonter jusqu’au début du siècle dernier. Le tout est bien évidemment ponctué de trous de-ci delà d’où émergent par endroit des tuyaux de plomberie ou des fils électriques, qui pendent dans le vide, cela va de soit. Que les choses soient bien claires : je vous jure que je n’exagère pas, cette description est en tout point véridique !

 

 J’apprends quelques instants plus tard qu’il s’agit bel et bien d’un appartement ! Celui de la comédienne retardataire ! Elle n’y vit plus maintenant, elle est partie chez son copain (j’espère que son appart est mieux que celui là !) et ce merveilleux local a été provisoirement transformé en bureaux de la compagnie. J’en déduis donc que c’est ici que je vais devoir travailler si je suis prise. Soupir de profonde lassitude. Décidément, ou bien je n’ai pas de chance ou bien c’est réellement comme ça partout pour tout le monde. Je finis par ne plus savoir et perdre un peu le sens des réalités. Suis-je naïve de croire que les gens qui travaillent ont en général un vrai bureau et des vrais locaux ? Oui, parce que je me suis arrêtée à la description du plafond et des murs, j’aurais aussi bien pu continuer sur celle de mon « bureau » : une planche sur deux tréteaux. Dieu merci, s’il n’y a pas le chauffage, il y a tout de même l’électricité et le téléphone ce qui permet le fonctionnement d’un ordinateur et d’internet.

 

 

La deuxième comédienne finit par arriver et on démarre réellement l’entretien, assis tous les trois en rond, serrés autour d’un poêle à pétrole faiblard qui finit d’ailleurs par s’éteindre, à court de combustible. L’entretien s’est plutôt bien passé. J’ai eu un très bon contact avec les deux comédiens et il semble qu’eux aussi. Je me sens à l’aise sur les missions proposées et n’ai aucun problème à argumenter ma candidature. Après une courte heure, une sonnerie stridente retentit : c’est ce qui sert d’interphone. La candidate suivante est arrivée, il est donc temps que je m’en aille. On se quitte en se faisant la bise, carrément, et ils me disent que j’aurai une réponse en début de semaine prochaine. Parole tenue, c’est le mardi que le comédien me rappelle, toujours aussi jovial. C’est bien moi qui suis prise !

 

 

Alors oui, j’ai retrouvé du boulot. Mais est-ce là le but ultime ? La fin en soi ? Pour moi, non. La satisfaction et le soulagement d’avoir retrouvé un emploi et de ne pas avoir galéré trop longtemps pour l’obtenir est fugace car le vrai sens de la vie professionnelle, c’est pour moi l’épanouissement, l’équilibre dans l’équation je donne/je reçois, la satisfaction de passer au minimum 35h de son temps, de donner son énergie pour un résultat dont on est heureux et/ou fier. Or, même si ce nouveau boulot présente des avantages que l’ancien n’avait pas, il est loin d’être satisfaisant de ce point de vue. Suite au prochain épisode.

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alex 10/09/2010 21:02



Bonjour Sen,


J'ai atteri sur votre blog en tapant "reconversion professionnelle culturel" après avoir parcouru une interview mise en exergue sur le site de France 5.


Comment vous-dire à quel point je comprends votre cheminement et les épreuves par lesquelles vous êtes passée? Je viens seulement de lire les épisodes 1 à 10 de votre parcours, et il me tarde de
lire la suite.


J'ai 26 ans, diplômée en Master 2 lettres modernes (1 bac + 5) et de gestion de projets culturels (une année complémentaire), et en pleine reconversion après 2 ans de précarité. Un stage de 8
mois en collectivité locale, Un service civil volontaire par-ci, un CAE en tant que chargée de développement par là. Des montagnes de livres avalées depuis mon adolescence, une passion pour le
théâtre et la médiation culturelle, qui s'est rapidement émoussée entre les rédactions de dossiers de subvention bidons, les réunions au somment à la DRAC, l'hypocrisie du milieu... Je songe à
changer de voie (ce que mes parents ont bien du mal à comprendre), mais il est bien difficile de repartir une nouvelle fois à zéro, quand un rêve de plusieurs années a été malmené et réduit en
miettes en plusieurs mois.


Me voilà inscrite à Pôle Emploi, venue grossir le rang des personnes indemnisées. Je songe à sortir de cette situation inconfortable par un virage dans la restauration, en ouvrant un snack de
cuisine du monde...mais pas facile d'envisager de repartir vers un CAP Cuisine, surtout sans financements. 


Ai-je précisé que j'étais noire (un obstacle de plus dans l'accès au travail, dans le secteur culturel ou autre), alors les agences d'intérim quant à elles, ne veulent pas de moi.


J'arrête ce portrait pour vous donner envie d'en savoir plus. J'aimerai si vous le souhaitez et en avez le temps échanger avec vous sur votre parcours du combattant.


 


En attendant votre réponse, je poursuis la lecture de vos aventures!


Dans tous les cas, bonne continuation à vous et bon courage